30 janvier 2006
Tatoué et à moé
Lundi après-midi, malgré la mauvaise nuit, je suis d'attaque pour me rendre à mon dernier repérage en prévision de la radiothérapie à venir. J'ai réussi ces 15 derniers jours, au prix de douches aussi rapides qu'efficaces, à conserver sur le thorax les pré repères que l'on m'avait tracé au gros feutre indélébile rouge. Cette fois-ci, on va me prendre les repères définitifs sur lesquels s'alignera la machine de radiothérapie. Tout est en place, je suis bien calé, on va enfin pouvoir me tatouer. "C'est définitif" me dit avec doigté la manipulatrice. "Vous le garderez toute votre vie, à moins de le faire enlever par laser". Ah ben je suis bien content tiens, moi qui voulais justement garder un petit souvenir de cette période de merde...
Une petite goutte d'encre sur la peau, une entaille avec un poinçon, et le tour est joué. Me voilà marqué, estampillé. Je discute ensuite avec le radiothérapeute, dont les propos viennent adoucir quelque peu les propos de l'hémato. Certes, il reste quelque chose, mais il faut toujours se méfier des résultats d'un TEP, qui a tendance à allumer des choses qui peuvent tout à fait être amenées à disparaître d'elles mêmes dans les semaines à venir. D'autre part, il paraît que je suis dans la courbe normale de guérison, exponentielle au début, puis moins rapide par la suite. Pas de quoi s'inquiéter outre mesure donc. Les deux foyers d'hyper activité restants sont tout petits, et la radiothérapie devrait normalement en venir à bout sans de problèmes. Ouf, je respire un peu. Début de la radio : le mercredi 8 février 10h20!
29 janvier 2006
Auto et gastro
Retour sur Bordeaux, 600 nouveaux kilomètres, vers le sud-ouest cette fois-ci (presque 2000 bornes en moins d'une semaine, sans commentaire). Le ventre gargouille. Ah, la gastro-entérite frappe à la porte. Merci cousine Aurore!! :-) La nuit sera agitée, pénible et fiévreuse. Je me réveille lundi matin courbatu et totalement lessivé. Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas senti aussi mal.
27 janvier 2006
Signes
Il a neigé sur les asperges, la campagne est toute blanche. Moi qui piste chaque signe un
tant soit peu annonciateur de mon prochain retour en terres québécoises, je dois dire que cette semaine ne m'a pas déçue. Entre un panneau indiquant jeudi le lieu-dit "Le Canada" en pleine cambrousse et la neige d'aujourd'hui, c'est plutôt encourageant.
26 janvier 2006
Coup de vieux solognot
La bouffée d'air breton touche trop rapidement à sa fin. Après nous être tapé lundi 800 bornes en bagnole plein nord-ouest, nous quittons St-Pabu pour 600 bornes plein Est vers la Sologne de ma tante Béatrix. Pour situer la SOlogne, c'est en plein dans le Loir-et-Cher, région des châteaux de la Loire, des fromages de chèvre et des asperges. Sur la route, on fait une petite étape par la ville de Lorient, son port, ses mouettes et sa coopérative maritime, où papa m'offre le Saint-James de mes rêves, noir et boutonné au col comme je le voulais. Et en plus, il est chaud.
Le soir, retrouvailles dans la famille de la soeur benjamine de mon père. Tout le monde est prévu pour arriver le lendemain, mais déjà je découvre Corentin et Nathan, les deux fils de ma cousine Aude et son mari Frédéric. Les deux marmots ont 3 ans et six mois, les deux premiers petits enfants de la branche familiale. Je me retrouve grand oncle dis donc... si j'avais cru. Je me sens plus vieux d'un coup. A moins que ce soient les nouveaux qui soient trop jeunes, je sais pas.
25 janvier 2006
Tep amer
Petite journée. J'ai appelé mon hémato pour avoir le résultat de mon tepscan de fin de chimio. Son commentaire me jette à terre : il reste encore deux "foyers d'hyperactivité cellulaire", ceux là même qui allumaient déjà au scan de mi-parcours, mais qui ont toutefois bien réduit depuis. Il n'empêche. Je pensais que l'on ne me trouverait plus rien, c'est raté. Peut-être suis-je trop impatient, mais tout ceci commence à faire longuet. "Moins il y en a, mieux c'est" commente-t-il... Oui, je m'en serais douté. Alors moi, j'en suis où là dedans? Ben pour le moment, on continue le protocole prévu, et on validera de nouveau tout ceci par un nouveau tep trois mois après la fin de la radiothérapie, soit en juin. Super, il manquait plus que ça. Le retour à Montréal, l'esprit dégagé et insouciant (si tant est qu'il puisse l'être), c'est pas non plus pour tout de suite... Gilles nous propose une visite de la ville de Brest. Mais je n'ai vraiment pas le coeur à la ballade. Heureusement, qu'il y a eu, une semaine plus tard, l'avis du radiothérapeute.
24 janvier 2006
Le Viandox de la Vierge
Sortie sur la mer d'Iroise en zodiac. Le temps est absolument magnifique, le thermomètre flirte avec zéro degré, et la mer est d'huile. Sur notre zodiac, nous filons à 25 noeuds sur l'eau en direction du phare de l'Île Vierge, le plus haut phare d'Europe avec ses 82 mètres de hauteur.
Mis en service en 1902, il est situé sur un îlot à 1,5km de la côte de l'Aber Wrach. Un "Aber" désigne en breton un bras de mer qui s'enfonce dans les terres. On mouille au pied de l'îlot, partons faire une petite promenade et nous faire fouetter les sangs par le froid qui mord, avant de nous engloutir un bon Viandox des familles.
Gilles avait en effet tout prévu, même le thermos d'eau bouillante. Pour ceux qui ne connaissent pas ce breuvage béni des dieux, il s'agit de concentré de bouillon de boeuf que l'on dilue simplement dans de l'eau chaude. Hmmm... Un vrai régal pour les papilles et pour l'estomac.
En fin d'après-midi, direction le port côtier de Portsall, situé à quelques encâblures du lieu du naufrage, en 1978, du pétrolier libérien Amoco Cadiz. En tout, 220 000 tonnes de pétrole brut et 3 000 tonnes de fuel se sont déversés sur près de 400 km de côtes, pour ce qui reste à ce jour l'un des pires catastrophes écologiques maritimes. En souvenir de l'événement, l'ancre gigantesque du navire est exposée sur la jetée de Portsall.
Le soir, tout le monde est réuni ou presque : cousine Cécile, venue sans son nouveau marin de mari, cousin Nicolas qui a oublié de rapetisser avec l'âge. Seule manque Caroline, étudiante visiblement épanouie à la prestigieuse école parisienne de la Légion d'Honneur et qui n'a donc pu trouver le temps de venir nous rejoindre.
23 janvier 2006
Bretagne, nous voilà
Une petite semaine de vacances à l'air pur s'offre à papa et à moi. Nous partons lundi matin pour la Bretagne, dans le petit village de Saint Pabu, où mon oncle Gilles, sa femme Marie-Laure et leur benjamin Mathieu nous attendent. Cela fait maintenant quelques années que le frère de mon père s'est installé dans ce coin de nature sauvage aux côtes déchirées et balayés par les vents, à la pointe du Finistère. Maintenant à la retraite, Gilles s'adonne aux joies de la plongée sous marine et de la navigation côtière. C'est avec un réel plaisir que je retrouve cet oncle que je n'avais pas vu depuis bien longtemps, de même que sa famille qui a bien changé! J'aurais certes souhaité les retrouver dans un autre contexte, mais on ne choisit pas forcément le moment pour les retrouvailles.
22 janvier 2006
En attendant...
L'attente des résultats du TEPSCAN se poursuit. J'aurai, si tout va bien, les résultats mercredi par la voix de mon hémato. Je tenterai de le joindre par téléphone, car je me trouverai alors au fin fond de la Bretagne sauvage, à Saint-Pabu, chez mon oncle Gilles, où papa et moi nous rendons dès demain matin (je reste toutefois joignable par mail). Changer d'air et respirer les embruns va me faire le plus grand bien.
Concernant mon dernier post, dans lequel je lançais mon appel à l'aide pour résoudre mon problème d'immigration, j'ai eu quelques retours intéressants. Il faut voir maintenant sur quoi ça va déboucher. C'est pas évident tout ça, car ce que je voudrais éviter, c’est de me compromettre en faisant preuve de trop d’honnêteté auprès de personnes compétentes et un peu trop zélées. Alors je dois avancer tout en marchant sur des oeufs. Mon Dieu, que tout ceci est compliqué.
A part cela, le Canada vivra demain au rythme des urnes et des bulletins de vote, puisque se tiennent les élections générales, à l'issue desquelles sera élu le premier ministre canadien. C'est le "dernier blitz" comme on dit. Chacun des candidats y va de sa petite phrase, au terme d'une campagne électorale qui aura duré près de deux mois. Dans le genre "je fais n'importe quoi pour faire cool et montrer que je suis super décontracté à la veille du scrutin", voici l'image du jour, avec le libéral Paul Martin, l'actuel premier ministre, en plein solo de guitare tonitruant. Ca fait illusion en tout cas. Ne manque plus que le bandana à la Kurt Cobain, et c'est parfait. Sauf qu'il lui en faudra vraisemblablement plus pour espérer battre son rival conservateur Steven Harper, donné gagnant par les instituts de sondage.
19 janvier 2006
Coup de pouce
Je me permets de poster ce message un peu en désespoir de cause, ne sachant plus trop où m’adresser pour obtenir des renseignements qui me seraient pourtant aujourd’hui très utiles.
Pour faire une histoire simple et courte : mon actuel permis de travail prend fin le 1er avril, sans possibilité de prolongation. Vous connaissez tous ma situation actuelle, vous savez aussi que je souhaite rentrer au plus vite au Québec une fois mon traitement terminé. Pour pouvoir continuer à vivre et exercer mon métier, je compte faire la demande d’un autre type de permis de travail, accordé pour un emploi dit « de perfectionnement ». C’est la seule procédure aujourd’hui possible pour moi, sachant que la demande de résidence permanente est assujettie à une visite médicale. Et comme je sors tout juste de traitement, autant vous dire que ma demande de résidence permanente est pour le moment vouée à l’échec (je me suis renseigné là-dessus, à moins que vous ayez un plan d’enfer à me recommander…).
Bon, là où ça coince, c’est que même pour cette demande de permis de travail pour emploi de perfectionnement, le formulaire me demande si j’ai eu une maladie physique et mentale grave… Je ne peux que répondre oui… Et je ne sais pas dans quelle mesure le fait de répondre par l’affirmative ne risque pas de me condamner illico et de me fermer les portes du Québec. Or, je n’ai aucun moyen d’avoir le moindre renseignement sur mes chances de succès dans cette entreprise. J’aurais bien voulu avoir quelqu’un de l’ambassade du Canada à Paris pour me renseigner là-dessus, mais l’ambassade est injoignable par téléphone. Seul le mail fonctionne. Or pas question pour moi d’exposer à n’importe quel quidam des informations soumises au secret médical… J’aimerais pour autant avoir quelques éléments de réponse à mes interrogations.
Aussi, je fais appel à votre réseau, personnel et/ou professionnel, pour pouvoir m’aider : beau-frère qui a l’heureuse idée de travailler à Immigration Canada, sœur avocate spécialiste de ces épineuses questions, voire Gouverneure générale ( !!!) si nécessaire. Je ne cherche pas un passe-droit, mais une personne-ressource qui pourrait m’être de bon conseil et qui pourrait me dire « Benoît, ton cas est complexe, mais ça peut marcher » ou alors « attends cinq ans d’être déclaré comme définitivement guéri, et tu pourras alors envisager ta demande car tu ne seras plus considéré comme un « fardeau pour le système de santé du Canada » » (véridique, cf formulaires de demande de résidence permanente).
Voilà. Toute proposition est la bienvenue. Ma bouteille à la mer est lancée… J’espère qu’elle aboutira sur un rivage propice aux éclaircissements.
Mis à part cela, j'ai poursuivi ma semaine d'examens par un scan dosimétrique mardi, et un Tepscan mercredi. J'attends les résultats avec une certaine impatience (notez l'euphémisme). Je devrai les avoir normalement en milieu de semaine prochaine. D'ici là, c'est l'attente inexorable... Les heures filent. J'attends les résultats, j'attends de savoir à quelle sauce je pourrais être bouffé par immigration Canada, j'attends de rentrer, j'attends.... Et j'en ai marre. Il y en a une autre, de l'autre bord de l'Atlantique, qui attend également. Et les semaines à venir vont certainement être les plus longues pour Caro et moi. Comme elle me disait hier, on aimerait presser le bouton "Pause" de la télécommande, faire une avance rapide de deux mois et reprendre le film. Simplement. Mais au lieu de cela, c'est l'incertitude qui s'impose. Insupportablement.
16 janvier 2006
Points de repères
Et c'est parti pour une nouvelle fournée d'examens et de diagnostics, la dernière si tout va bien (et ça va bien aller). Objectif : cibler au mieux les zones sur lesquelles la radiothérapie portera, et établir la dose de rayons qui sera nécessaire. Cela a donc commencé aujourd'hui par un simple repérage, autrement dit la détermination de points sur lesquels se caleront les radiologues lors des séances de février. On m'a donc allongé sur une table, la tête bien calée contre un petit boudin de polystyrène, et en avant les mesures. A l'aide d'un feutre indélébile, on m'a fait quelques marques sur le haut du corps aux endroits stratégiques. Pour le moment, ces marques ne sont que temporaires et seront affinées grâce aux résultats des examens à venir (scanner avec dosimétrie demain, et Tepscan mercredi). Jusqu'au 30 janvier, date à laquelle les marques permanentes seront tatouées sur mon cou et ma poitrine, je vais devoir m'abstenir de prendre un bain. Ceci afin de ne pas prendre le risque de voir les mesures s'effacer. Fait chier. J'aime bien les bains, pis ça m'aide à me détendre. Tant pis, je serai exécrable.
Pour ceux qui se posent la question, le scanner avec dosimétrie a pour but de diagnostiquer, grâce à un scan en 3D, la quantité de rayons nécessaire pour traiter les régions restantes. Les résultats de ce scanner seront croisés avec ceux du Tepscan, ce dernier examen permettant de mettre en lumière les éventuelles régions touchées par les tumeurs ( cf. pr explication du Tepscan : http://benbef.canalblog.com/archives/2005/09/07/805750.html)
A part ça, j'ai enfin trouvé un cliché du désormais célèbre M.Bourdeau. Avis aux amatrices.







