21 février 2006
Pas cool du tout
10e séance de radiothérapie ce matin... je suis à mi-parcours. Et plus que jamais, je compte les jours. La radiothérapie se révelle un véritable calvaire pour moi. Cela fait deux jours que je ne peux pratiquement plus rien avaler tellement mon oesophage est agressé par les rayons X. Un peu comme si l'on m'avait passé une râpe à fromage à l'intérieur de la poitrine. Les douleurs me réveillent la nuit, même boire de l'eau est rendu douloureux. Quant à manger quelque chose de solide, mieux vaut ne plus y penser. Et cela va encore durer 10 séances!!! Bordel, moi qui pensais que la radio se révellerait une partie de plaisir, j'en suis pour mes frais. Je suis passé voir le toubib ce matin qui m'a donné une batterie de médocs à prendre trois fois par jour, mais pour l'heure, la douleur est toujours là.
Également passé voir le podologue pour voir si j'avais toujours besoin de semelles orthopédiques, vu que je m'étais fait tirer les précédentes l'an dernier dans le train entre Paris et Bordeaux. Verdict : les prothèses ne sont plus nécessaires. Le praticien se montre vraiment adorable et ne me fait pas payer la consultation. "Quand je peux rendre service, je le fais" me dit-il.
Maman récupère progressivement de son opération, tout va bien. D'après son médecin, à qui elle a raconté mes mésaventures, je devrais aller voir un rebouteux pour me faire enlever le feu des rayons. Pourquoi pas. Au point où j'en suis... A creuser si la douleur devient vraiment trop insupportable.
Sinon je pars ce week-end à Lyon rejoindre Pouchotte et Lolo. Malheureusement, je ne pourrais pas goûter aux plaisirs de la table lyonnaise vu mon état. Idem pour le cours de cuisine espagnole que Serge et moi devions suivre demain à l'école hôtelière. Je ne me sens vraiment pas d'apprendre à cuisiner de succulents plats sans même pouvoir les goûter.
15 février 2006
Questions-réponses
Un coup de génie. Je cherchais depuis plusieurs mois comment entrer en contact avec agent d'immigration Canada. Or, ceux de l'ambassade du Canada à Paris ne prennent pas d'appel, et le numéro en 1-888 au Canada n'est pas accessible depuis l'étranger. J'étais donc bloqué. Sauf que... coup de fil à Pascal à Montréal, qui avec son téléphone transfère alors mon appel sur le 1-888 d'Immigration Canada.. et le tour est joué!! Je me retrouve en moins de deux en conversation avec un agent, qui a pris le temps de répondre à quelques unes de mes interrogations du moment.
A savoir que :
1) j'ai bien le droit de revenir au Québec avant le début de mon futur nouveau permis de travail, vu que mon permis actuel est toujours valide jusqu'au 31 mars)
2) je devrai toutefois le valider en sortant du territoire et en y entrant de nouveau.
Il m'indique par ailleurs que l'ambassade ne délivre pas de permis, mais seulement une lettre d'acceptation. Et que cette lettre me sera expédiée par la poste. Youpi!! Pas besoin de retarder mon retour si jamais je n'ai pas reçu à temps le précieux sésame. Il suffira seulement à papa de me le faire parvenir par courrier une fois qu'il l'aura reçu. Ouf... C'est déjà ça de réglé!
En après-midi, j'ai également eu au téléphone l'hématologue de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, celle-là même qui m'aurait suivi si j'avais été pris en traitement à Montréal. Elle m'indique qu'au Québec, le suivi des anciens malades se fait tous les trois mois par une visite médicale, un entretien et une prise de sang. Et ce tout au long des trois premières années. Ensuite, la fréquence des visites tombe à six mois les deux années suivantes. Encore une interrogation qui trouve sa réponse. La journée a été bonne! ;-)
14 février 2006
Conduite obsessionnelle
C'est la St-Valentin, et Caro et moi tombons d'accord pour nous fêter un... joyeux mardi 14 février, comme la veille nous nous fêtions un joyeux 13 février et ainsi de suite... Car la fête des amoureux pour nous, c'est tous les jours. Alors la St-Valentin...
Olivier et moi fêtons quant à nous notre union du moment par la location du DVD "Be Cool", excellent moment de détente burlesque. Au retour, je me retrouve en bagnole derrière une Clio arborant des autocollants du Québec et du Canada sur la vitre arrière. Il n'en faut pas plus pour que je tombe de nouveau dans l'une de ces crises superstitieuses quasi obsessionnelles dont j'ai le secret, à savoir : si cette voiture et la mienne enchaînent ensemble les feux verts jusqu'à ce que nos routes se séparent, ce sera le meilleur des signes pour la suite de ma demande d'immigration. Autrement dit : je ne peux prendre le risque de voir un feu rouge séparer nos destinées, sous réserve de me retrouver plongé dans les affres de l'enfer bureaucratique. Résultat des courses : je lui colle au cul tout le long du chemin du retour, pas un seul feu n'a l'outrecuidance de passer à l'orange entre nous, et nos chemins se séparent à quelques centaines de mètres de la maison. Ouf. Je sais que c'est débile de m'accrocher ainsi à ces croyances stupides. Mais bon, ça me fait du bien...
13 février 2006
Le certif'
Une semaine après avoir envoyé ma demande de permis de travail, je reçois une lettre de l'ambassade qui me demande un certificat médical pour compléter mon dossier. Merde, j'aurais préféré qu'ils ne me demandent rien du tout mais bon... C'aurait été trop beau. En même temps, difficile de dire que j'ai été malade sans apporter la moindre preuve de guérison. Je téléphone donc à l'hémato pour lui demander de me faire une lettre "positive" dans laquelle il résume mon cas : que le cancer avait été diagnostiqué au stade 1, que la chimio a bien marché, que la radiothérapie sera terminée début mars et que je n'aurai alors plus que des visites de suivi.
12 février 2006
Vélo braziou
Il fait beau, et Olivier a envie de faire du sport. A bien y réfléchir, cela fait des mois que je n'ai pour ma part pas eu d'activité sportive à proprement parler. Le traitement m'a il est vrai pas mal calmé, et le simple fait de récurer un peu trop violemment une casserole suffisait à me mettre en nage. Mais aujourd'hui, c'est décidé, nous prenons la direction du Bassin d'Arcachon pour aller randonner en vélo dans la réserve ornithologique de Certes, à Audenge. En ces temps de grippe aviaire, c'est peut-être pas la meilleure idée que nous ayons eu, mais finalement, pas de canard ou de cygne mort à l'horizon. Juste des amateurs forcenés de la faune locale, armés d'immenses jumelles ou carrément de lunettes d'astronomie, les yeux rivés sur les plumes des bébêtes qui jacassent au loin. Je suis content de voir que mes réserves physiques prennent du mieux, et que je ne suis pas totalement ruiné à l'issue des 15 kilomètres de piste boueuse.
Le soir, Zoé se joint à nous pour une soirée poilade et chansons "do brazil". J'ai décidément vraiment du mal avec l'accent brésilien. A tel point même que Olivier en vient à me dire que je l'articule avec un accent anglais. Merci Olive, c'est sympa...
06 février 2006
Je me sens affreusement seul ce soir. Je reviens d'emmener maman aux urgences pour un problème de hernie. Rien de grave, juste une opération à prévoir dans les prochains jours. Ils la gardent ce soir en observation au cas où. Mais le fait de me retrouver de nouveau en milieu hospitalier fait désormais à tout coup resurgir un sentiment d'angoisse. Celle des chimios, que j'essayais tant bien que mal de camoufler. L'angoisse des urgences aussi à proprement parler, qui me ramènent à la fin du mois d'août l'an dernier à Montréal, lorsque j'avais décidé d'en avoir le coeur net sur cette boule qui me poussait dans le cou. J'avais alors pris la direction de l'hôpital Maisonneuve Rosemont seul, et m'étais finalement retrouvé à faire la navette entre les différents services (radiologie, scanner) pour aboutir au clou de la journée, la biopsie, aussi imprévue que traumatisante a posteriori. Puis, une semaine plus tard, je me retrouvais dans ce bureau de la clinique de suivi des urgences, pour apprendre que j'étais atteint d'un cancer. Je me revois, rentrant dans le bureau, lancer un "comment allez vous" au médecin. Il m'avais alors répondu "moi bien, mais c'est vous qui allez moins bien". A y repenser, sa réponse était monstrueuse. Je ne l'avais même pas noté. Et j'avais alors encaissé, silencieusement, la mauvaise nouvelle.
Je crois que c'est seulement maintenant que je commence à réaliser toute cette folie de ces derniers mois, à éprouver mes émotions. L'angoisse, la tristesse, le malaise, la solitude. C'est terriblement difficile. Il y a quelques semaines, je me souviens, je m'étais rendu dans une clinique d'ophtalmologie pour faire le point sur ma correction de lunettes. Et le simple fait de sentir cette odeur propre aux établissements de santé, qui me rappelait celle des couloirs de l'institut Bergonié, m'avait presque donné la nausée. Alors ce soir, quand je suis rentré à la maison à 21h30, et que personne n'a cherché à en savoir plus sur ma mère, ou tout simplement sur moi, je suis sorti dehors pour pleurer. C'est terrible de se trouver dans une maison où personne n'essaie de se mettre deux secondes à la place de l'autre, et où la seule règle ambiante repose sur un égoïsme primaire qui me donne envie de vomir.
Vivement de me retrouver avec des gens normaux.
04 février 2006
Vacuité du Hardcore gamer
J'ai le sentiment depuis plusieurs semaines de ne plus avoir grand chose d'intéressant à raconter sur ce blog. Non que je dise ça pour me plaindre et recevoir du soutien... Mais c'est vrai que j'ai nettement moins de chose à dire qu'au début. Disons que plus ça va, moins la surprise est au rendez-vous. Les examens du début, le retour à la réalité française, les premières chimios etc.. étaient autant d'expériences à raconter. Aujourd'hui, les expériences se résument à de longues journées qui se ressemblent toutes un peu. J'ai l'impression de me retrouver dans la peau d'un personnage de Houellebecq, dont j'ai découvert les romans il y a peu sur les conseils avisés d'Olivier.
Heureusement, il y a quand même la famille, les amis, les petits mails et messages qui font du bien. Il y a aussi quelques objectifs à moyen terme qui me font tenir. Premier d'entre eux : faire approuver mon dossier de demande de permis de travail, dossier que je vais envoyer lundi à l'ambassade. J'ai toujours aussi peu de réponses à mes interrogations, mais je vais quand même tenter le coup. Je sais désormais que, dans le cadre de ma demande de permis de travail, je ne peux être considéré comme un fardeau pour le système de santé canadien vu que je reste assujetti à la sécurité sociale française. Alors de deux choses l'une : ou bien l'agent(e) de l'ambassade est un(e) pro de l'excès de zèle. En ce cas, il/elle voudra en savoir plus sur la nature exacte de cette maladie grave que j'ai indiqué au paragraphe 11a) du formulaire. Dans un élan sadique, il/elle demandera alors un certificat médical alors qu'il/elle sait pertinemment que de toutes manières, je ne coûterai pas un sou à l'Etat canadien si récidive il y a. Second scénario, de loin celui que je préfèrerais. Le/la gentil(le) agent(e) d'immigration Canada se dit que je suis déjà bien courageux d'être revenu dans mon pays pour y subir un traitement médical pas cool, que j'ai certainement plein de bonnes raisons de retourner vivre dans son beau pays, et que les emmerdes, ce jeune français trentenaire en a déjà eu suffisamment. Pour bien préparer le terrain, j'ai mis une petite note explicative dans mon dossier. Touchons du bois. Il n'y a pas de raisons que la malchance continue de s'abattre sur ma tête.
J'ai dormi la nuit dernière chez Olivier après une nuit dédiée au culte du jeu vidéo sur PC. Depuis trois jours, nous passons nos soirées à jouer à la guéguerre comme des débiles avec Call of Duty 2, simulation ultra réaliste d'assauts pendant la seconde guerre mondiale. C'est un défouloir très efficace que de tirer dans le tas comme une mule, de lancer des grenades sur les petits soldats verts d'en face et de balancer des coups de crosse dans un violent combat au corps à corps. L'Europe toute entière débarrassée du joug nazi, nous avons pris la direction du
Café Rouge pour nous envoyer quelques vodkaramel bien tassées dans une ambiance enfumée. De retour à la maison, nous avons ensuite refait le monde, parlant alternativement des vertus thérapeutiques de la guitare basse, des sites de rencontres sur Internet et de leur caractère payant finalement assez limité, joué (oui encore) à un jeu de skate en ligne, sans oublié de se lancer dans la production de vodkaramel maison, qui, c'est un fait, est moins bonne que celle servie au Café rouge mais nettement plus fourbe.
01 février 2006
Pourquoi un "Chandail"
Aujourd'hui, leçon de choses. D'où nous vient donc l'expression chandail, si chère à nos amis Québécois, et que l'on substitue volontier par le barbarisme frangliche "pull over" en France? D'après le site très bien fait de la marque Saint-James, fillature de tricots marins de père en fils depuis l'invention de la crevette, le terme chandail serait apparu au 18e siècle. Nombre de marins bretons, vêtus de leur tricot particulier fait de draps de laine, parcouraient alors les mers pour vendre leurs production d'ail et d'oignon. Par extension, l'expression "marchands d'ail" devint vite "chandail", ce dernier terme désignant alors leur tricot de marin.
Voilà Pascal, encore une chose à raconter au bureau à tes collègues!!!






