27 septembre 2006

La parenthèse est close

C'était un 7 septembre. Il y a un an. Je commençais ce blog trois jours après mon arrivée en France, "Neuf jours depuis que la nouvelle m'a été révélée", disais-je alors. Il faisait beau, l'air était doux, et je me demandais si cette tumeur, ce lymphome de type B à grandes cellules, n'allait finalement pas laisser place à de belles choses dans ma vie. 179 messages plus tard, il fait toujours beau. L'air est toujours doux. Et je me prépare à refermer la parenthèse. Demain, à 11h50, mon avion décolle du tarmac de Bordeaux-Mérignac pour rejoindre celui de Pierre-Elliott Trudeau, là-bas, dans cette province que l'on dit belle et qui l'est. Assurément.

Je laisse derrière moi beaucoup de souffrance, de découragement, de tristesse et d'attente. Cela, je le sais. Ce que je sais moins, c'est ce qu'il y a devant. Un tep en novembre ou décembre. Oui, c'est une certitude. Le résultat ? Une inconnue de taille. Pourtant, je me sens plus léger. Comme si enfin, je pouvais refaire un peu confiance en l'avenir. Oh, rien n'est encore très abouti dans ma caboche, c'est plus un début de quelque chose, comme le premier dégel au début du printemps. Car j'ai encore peur. L'autre jour, je disais à Guillaume que j'avais l'impression de me retrouver dans la peau d'un prisonnier que l'on vient de libérer. Après avoir passé des mois, des années entre quatre murs, il faut réapprendre à vivre avec tout plein d'espace autour de soin... de SOI je veux dire (lapsus véritable), recommencer à prendre sa vie en main, à faire des projets, voir un peu plus loin que la simple survie quotidienne. Et cela, c'est tout bonnement effrayant.

Ce midi, Marion et moi avons mangé ensemble à la terrasse d'un pub irlandais. A côté de nous, comme un signe, trois Québécois sont venus s'asseoir. La parenthèse se referme...

Je ne peux toutefois mettre un point final sans remercier particulièrement plusieurs personnes qui m'auront au jour le jour aidé à surmonter la bête, à repousser cette noirceur de six lettres et qui m'ont amenées petit à petit à reprendre confiance.

Je pense en premier lieu à toi Marion, qui a été là dès le premier jour, et ce malgré toutes les difficultés liées à notre histoire commune, notre alors récente séparation, et ta vie à toi qui reprenait son cours. J'ai déboulé de nouveau sans trop te laisser le choix. Plusieurs fois, c'est auprès de toi que je suis allé pleurer, chez toi que j'ai laissé éclater mes rancoeurs et mes angoisses. Et tu as toujours su trouver les mots et l'attitude pour me rassurer. Aujourd'hui, on se quitte tristes. Tristes mais heureux.

Il y a toi Guillaume, mon poteau de toujours, qui malgré l'éloignement n'a jamais été aussi présent dans ma vie que depuis ces derniers mois. Paris-Bordeaux, tu l'auras fait plus d'une fois. Tes coups de fils, ton épaule parfois pour étancher nos larmes, ta main pour me hisser. Je savais que tu étais là. C'était suffisant.

Je pense à toi aussi Olivier, toi que j'ai découvert véritablement cette dernière année, et qui a été mon compagnon de tous les jours. Tes petites attentions, ta présence, nos fous-rires, nos confidences de trentenaires, nos envolées lyriques... A bientôt mon ami, sur les rives du St-Laurent, de Lisbonne ou de Salvador de Bahia.

Je pense à vous, Eva et Serge, pour ces beaux repas, ces discussions près des figuiers sur ma "rayure" au thorax et cette "petite boule" que l'on m'a enlevée après m'avoir fait un "petit trou". A vous aussi Lolo et Pouch, pour ces deux week-ends cayonnesques et lyonnais, dignes du grand mioufage. A toi Cédric, qui à l'issue de nos longues discussions, trouvait les mots pour éclairer un peu ma chandelle et retrouver ainsi le chemin. Mathieu, malgré la distance, toi aussi tu agitais ton bras. Et rien ne peut ce soir me faire plus plaisir que d'accepter d'être témoin à ton mariage. Et de l'autre côté de l'eau, loin, trop loin peut-être, il y a eu toi Caroline, avec tes sourires, tes soleils et tes pensées. La maladie et la distance n'ont pas facilité les choses. C'est ainsi. Mais tu m'as toi aussi permis de tenir durant de longs et difficiles mois.


Alors voilà, ce soir, j'achève mon récit. Je vais essayer de tirer un trait sur tout le gris pour ne garder que la belle lumière. Je quitte Bordeaux-City pour la rue de Bordeaux. Le parc Bordelais pour le Parc Lafontaine. Le bassin d'Arcachon pour la montagne royale. Autre chose m'attend. Papa, maman, je sais que vous êtes là aussi, tous les deux. Anxieux. Heureux. Tristes. Et ça va aller... Ca va bien aller.

La parenthèse est close. Point final.
Bordeaux, le mercredi 27 septembre 2006.


La parenthèse n'est plus. C'est désormais la Minute qui prend le relais.

Posté par benbef à 17:52 - Commentaires [7] - Permalien [#]


Commentaires sur La parenthèse est close

    Tout est dans la ponctuation !!

    Si la parenthèse est close, moi je me permets d'ouvrir les guillemets pour te dire un bon gros "MERDE" et à très vite. Tu vas nous manquer. Bises de Louisergevalice

    Posté par sergio, 28 septembre 2006 à 05:32 | | Répondre
  • Parenthèse close

    et j'en suis ravie pour toi ! Quand tu liras ce message, tu seras enfin chez toi, ce que tu attendais depuis très longtemps. Je te souhaite tout plein de bonnes choses pour le futur et j'espère que cette parenthèse restera close le plus longtemps possible !
    Par contre, tu pourrais ouvrir un nouveau blog : Ben à Montréal, c'est génial comme titre, non ? Lol. Et surtout n'oublie pas que le défi dessin n'est pas fini et tu n'as pas le droit de laisser tomber ce magnifique défi (et oui, car une chose promise est une chose dûe ! c'est ma phrase préférée en ce moment, lol. Si tu abandonnes ce défi, tu vas avoir une tourangelle et une bretonne sur le dos !!!
    Trève de plaisanterie, adapte-toi bien à ta nouvelle vie qui commence dans la Belle Province !
    Je t'embrasse.
    Virginie

    ps: c'est marrant parce qu'hier matin alors que j'étais en pleine animation, j'ai regardé l'heure et il était 11h50. A cet instant, je me suis souvenue que c'était à cette heure là que ton avion décollait du tarmace de Bordeaux-Mérignac. Je me suis dit, tiens il y en a un qui doit être installé dans son avion en se disant que ses jambes ne supporteront pas le petit espace entre les 2 sièges pendant 7 heures de vol. Il devait être à la fois triste et heureux : triste de quitter sa famille et ses amis, et heureux et exciter de retrouver son pays !

    Posté par Calissou, 29 septembre 2006 à 06:27 | | Répondre
  • Vu juste

    Tu ne crois pas si bien dire Calissou! Interminable ce vol! Mais je ne vais certainement pas me plaindre
    Merci pour ton commentaire et ta pensée au décollage. Pas de nouveau blog pour le moment, peut-être un peu plus tard qui sait.

    @bientôt,

    Ben

    Posté par Benbef, 29 septembre 2006 à 07:11 | | Répondre
  • nouvelle vie

    alors voilà : je pars en vacances 15 jours (le temps a été parfait en fin de compte et l'Océan à la tip top t° ) et tout est changé, la bannière, le titre, la photo !! ah la la, faut pas tourner le dos 5 min dans la blogosphère dis donc !
    bon je plaisante mais comme d'habitude, parce que je suis scotchée par ton message, toujours bien écrit,bien vu, bien analysé,... Je pense que tes amis ont beaucoup de chance de te connaître... ça fait tout de suite gnangnan mais c'est vraiment sincère.
    Bon allez, encore tout plein de méga géniaux super chouettes cool choses pour cette nouvelle vie !
    Et j'espère qu'on finit quand même le défi dessin, ne serait-ce que pour honorer Calissou et sa nouvelle phrase préf : "chose promise, chose due" ! Et puis moi j'attends des histoires de l'autre côté de l'eau, de ce pays que vous aimez tous tant !
    Biz.

    Posté par céline, 30 septembre 2006 à 14:07 | | Répondre
  • Je vous "suis" depuis quelques temps sur le net et n´est pas grande chose á dire mise á part de suivre votre chemin, vous avez été d´une lucidité et d´un courage étonant... bonne chance et bonnes retrouvailles avec votre terre natale...
    raphaete

    Posté par raphaelle, 02 octobre 2006 à 06:23 | | Répondre
  • Bon courage pour la suite et qui sait tu reviendras peut être un jour dans la blogosphère.

    Posté par delph234, 02 octobre 2006 à 07:29 | | Répondre
  • Parenthèse close...

    Parenthèse close...peut-être, mais tu commences là un nouveau chapitre ! J'espère pouvoir suivre ton retour à Montréal via un nouveau blog... Peut-être entendrai-je bientôt ta "voix-off" pendant les reportages des infos de Radio-Canada, qui sait...
    En tout cas, bon réapprentissage de la vie québécoise, mais j'imagine que c'est comme le vélo...çà ne s'oublie pas !
    A plus tard Mr. Benbef.

    Posté par Greg, 04 octobre 2006 à 21:03 | | Répondre
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